18 postes ouverts en 2023. 18. Le chiffre a de quoi refroidir quiconque imagine l’agrégation interne de lettres modernes comme une formalité pour enseignants chevronnés. Ce concours ne fait aucun cadeau, et l’administration ne s’en cache pas. Reste que des professeurs le tentent chaque année, avec une préparation taillée au cordeau. Voici ce qui vous attend si vous visez la session 2026.

Un concours réservé aux enseignants en poste

L’agrégation interne n’est pas une voie d’accès au métier: elle s’adresse aux fonctionnaires titulaires et aux contractuels justifiant de cinq années de service dans l’enseignement public. Elle permet d’obtenir le même grade que l’agrégation externe, avec une progression de carrière et une rémunération revalorisée. Mais la sélectivité est brutale. Le rapport entre le nombre de candidats et les postes offerts reste un des plus faibles des concours de l’Éducation nationale.

Avant de vous lancer, vous devez mesurer l’écart entre votre pratique quotidienne de la classe et les attendus du jury. Le concours évalue une capacité à problématiser la littérature, à construire une démonstration impeccable et à porter un regard didactique sur les textes. Rien à voir avec une inspection ordinaire.

Les deux épreuves écrites d’admissibilité

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Les écrits constituent le premier filtre. Deux épreuves distinctes, notées chacune sur 20, déterminent l’accès à l’oral.

La composition française

C’est l’épreuve reine. Le candidat dispose de six heures pour traiter un sujet portant sur un aspect du programme de littérature française, une question qui croise volontiers plusieurs siècles. On attend une dissertation structurée, nourrie d’une connaissance précise des œuvres, des mouvements littéraires et de la critique. Pas de paraphrase de manuel: le jury sanctionne la récitation autant que l’approximation.

La difficulté tient à l’ampleur du programme. Six siècles, des auteurs majeurs et des œuvres denses exigent une culture littéraire capable de mobiliser rapidement des exemples pertinents. Produire une copie solide demande plusieurs centaines d’heures de lecture et de fiche.

L’explication de texte

Seconde épreuve écrite, elle dure quatre heures. Un extrait d’une œuvre au programme est proposé, sans question. Le candidat doit en proposer une explication méthodique, alliant analyse stylistique, contextualisation historique et interprétation personnelle. La difficulté réside dans l’équilibre à tenir entre le commentaire littéraire classique et la mise en perspective didactique.

Les copies échouent quand elles se contentent de paraphraser l’extrait ou de plaquer des grilles d’analyse préfabriquées. Le jury valorise une lecture personnelle, étayée par des outils critiques maîtrisés.

Composition française: entre littérature et didactique

Derrière l’intitulé se cache une attente didactique. Le candidat ne se contente pas de disserter: il doit montrer comment il exploiterait le sujet en classe de lycée ou de collège, pistes pédagogiques à l’appui. L’agrégation interne évalue aussi l’aptitude à transmettre, et c’est là que se joue une part de la note.

Cette dissertation de didactique articule un questionnement littéraire à des propositions concrètes de séquence ou d’évaluation. Le jury cherche la cohérence entre l’analyse du texte et les choix didactiques, pas une collection d’astuces. Une plume brillante ne rachète pas l’oubli de cette dimension.

Les épreuves orales d’admission

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L’oral décide de l’admission finale. Deux épreuves, coefficient identique, se déroulent devant un jury d’inspecteurs et d’universitaires.

La leçon

Le candidat tire un sujet, une question littéraire large ou une notion transversale, et dispose de trois heures de préparation en loge. Il doit présenter un exposé de trente minutes, suivi d’un entretien avec le jury. L’épreuve exige une méthode pédagogique démonstrative: poser une problématique, dérouler un plan clair, illustrer par des exemples précis, conclure sans bavardage. L’aisance à l’oral compte, mais elle ne rattrape pas une construction bancale.

L’entretien

Il dure trente minutes et s’appuie sur un dossier fourni par le candidat, composé de supports pédagogiques réels. Le jury interroge sur les choix de progression, les références théoriques et la capacité à justifier chaque décision. Cet exercice ressemble à une inspection approfondie: la moindre approximation sur les œuvres ou les courants littéraires sera relevée. Le candidat défend ses choix devant le jury, il ne les récite pas.

Le programme: six siècles de littérature à absorber

Six siècles de littérature française, du XVIe au XXIe siècle, au programme.

XVIe siècle

Humanisme, poésie de la Pléiade, essor du roman. Les œuvres de Rabelais, Montaigne et Ronsard tombent régulièrement.

XVIIe siècle

Classicisme, théâtre cornélien et racinien, moralistes. La Bruyère et Molière font partie des auteurs récurrents.

XVIIIe siècle

Lumières, roman épistolaire, théâtre de Marivaux. Voltaire et Rousseau dominent.

XIXe siècle

Roman, poésie, théâtre romantique et réaliste. Balzac, Flaubert, Hugo, Baudelaire: une densité qui décourage les lectures superficielles.

XXe et XXIe siècles

Le programme s’étend jusqu’à des auteurs contemporains. La difficulté est de maîtriser à la fois Proust, Camus et des écrivains publiés après 2000.

Se préparer sans se perdre: annales, planning et ressources

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La préparation dure rarement moins d’un an. Nombre d’enseignants passent par une préparation universitaire, qui coûte, selon les établissements, 300 euros de frais pédagogiques pour l’interne, auxquels s’ajoutent 96 euros si l’on prépare également l’externe, 255 euros de frais administratifs et une contribution vie étudiante de 105 euros. Soit plus de 750 euros avant d’avoir passé la moindre épreuve.

Une préparation qui tient répartit les révisions par période historique et alterne lectures et exercices d’entraînement. La dissertation et l’explication chronométrées restent le meilleur indicateur de progression: c’est en copie, pas en fiche, qu’on mesure ce qui est vraiment acquis. Les annales corrigées, quand elles existent, donnent la mesure des attentes du jury.

Là se joue le piège classique de l’interne. Un professeur en poste connaît ses œuvres, il enseigne la littérature française toute l’année. Mais lire un texte pour sa classe et le problématiser pour un jury d’agrégation sont deux gestes différents. Le premier vulgarise, le second démontre. Cet écart, les candidats le sous-estiment et arrivent à l’écrit avec une culture solide mais une méthode rouillée. La préparation universitaire sert d’abord à ça: réapprendre à construire une démonstration de six heures, pas à découvrir Balzac.

Le calendrier 2026 suit le schéma habituel: inscriptions à l’automne 2025, épreuves écrites au printemps 2026, oraux en juin-juillet. Les dates précises sortent sur le site du ministère en début d’année civile.

Le temps de préparation équivaut à une formation de plusieurs centaines d’heures étalée sur deux semestres. Enseigner à temps plein tout en révisant, c’est amputer une partie de ses vacances et de ses week-ends pendant un an, parfois deux.

Taux de réussite et nombre de postes: des chiffres qui refroidissent

Les postes fondent: 45 lauréats à l’interne en 2020, puis 22 en 2021, 17 en 2022, 18 en 2023. Avec quelques centaines de candidats pour si peu de places, le taux de réussite passe sous les 10 % certaines années. La sélection ne pardonne pas l’à-peu-près. Mais un candidat qui maîtrise le programme, s’entraîne méthodiquement et comprend la double exigence littéraire et didactique peut inverser la tendance.

Questions fréquentes

Quelles sont les épreuves de l’agrégation interne de lettres modernes?

L’agrégation interne de lettres modernes comprend deux épreuves écrites: une composition française (6 heures) et une explication de texte (4 heures). À l’oral, le candidat passe une leçon (3 heures de préparation, 30 minutes d’exposé et 30 minutes d’entretien) et un entretien sur dossier.

Quel est le taux de réussite à l’agrégation interne de lettres modernes?

Il n’existe pas de taux de réussite fixe, car le nombre de postes fluctue chaque année. Avec 18 postes pour plusieurs centaines de candidats, le taux dépasse rarement 10 %. Les années où les postes sont rares, comme en 2022 (17 admis), le concours est encore plus sélectif.

Qui peut s’inscrire à l’agrégation interne de lettres modernes?

Le concours est ouvert aux fonctionnaires titulaires et aux contractuels de l’enseignement public justifiant de cinq années de service au 1er janvier de l’année du concours. Les enseignants du privé sous contrat peuvent se présenter au CAERPA, équivalent de l’interne.

Quelles sont les dates des épreuves en 2026?

Les dates officielles n’ont pas encore été publiées à la date de rédaction de cet article. En suivant le calendrier habituel, les écrits devraient se dérouler au printemps 2026 et les oraux entre juin et juillet. Les inscriptions sont à effectuer dès l’automne 2025.

Faut-il suivre une préparation universitaire?

Une préparation universitaire n’est pas obligatoire, mais elle est fortement recommandée. Elle permet de structurer les révisions, d’accéder à des cours spécifiques et de s’entraîner avec des anciens sujets. Son coût total dépasse 750 euros, auxquels il faut ajouter l’achat des œuvres au programme.

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